1 femme sur 5 sera victime de viol au cours de sa vie
1 femme sur 5 sera victime de viol au cours de sa vie

"1 femme sur 5 a été violée ou le sera au cours de sa vie". Cette statistique alarmante est couramment répétée, notamment sur les réseaux sociaux, dans des variations allant de 1 femme sur 4 à 1 femme sur 10.
Pourtant, comme beaucoup de statistiques alarmistes, la source de ces chiffres est souvent inconnue du grand public. Cette statistique, en particulier, est considérée par beaucoup de spécialistes comme étant hautement exagérée.

Avertissements

Cet article n'a en aucun cas pour but de dédramatiser le viol, d'en excuser les coupables, ou d'en réduire l'impact sur les victimes.
Son objectif est de rétablir la vérité sur des chiffres erronés, en partant du principe qu'une solution ne peut être améliorée qu'en ayant une vision objective de son étendue. L'exagération, volontaire ou non, des chiffres concernant le viol nuit à son éradication en empêchant de se concentrer sur le réel problème, et peut même contribuer à le banaliser en donnant l'impression d'être plus courant qu'il ne l'est réellement.

La source du mythe

La source la plus récente concernant cette statistique est une étude (en anglais) du CDC (Center for Disease Control and Prevention) datant de 2011. Selon cette étude, 19,3% des femmes et 1,7% des hommes vivant aux États-Unis ont subi un viol durant leur vie. Toujours selon cette étude, environ 1,9 million de femmes ont été violées durant l'année précédant cette étude.

Une autre source concernant cette statistique provient d'un rapport du RAINN, lui-même basé sur un rapport datant de 2010 du CDC.

Pourtant, pour la même période, les chiffres du Département de la Justice, considérés comme une référence dans le domaine, indiquent le nombre de 243 800 viols (hommes & femmes confondus). Toujours pour la même période, le FBI indique dans son rapport annuel que 83 425 viols ont été reportés aux autorités (tous sexes confondus). Cette différence correspond au fait que seulement un tiers des viols sont reportés aux autorités.

Les chiffres avancés par le CDC sont donc près de 8 fois plus élevés que ceux du Département de la Justice. Comment peut-on expliquer une telle différence ? Le CDC aurait-il mis le doigt sur de grossières erreurs, ou leur méthode de comptabilisation serait-elle erronée ?

Une question de méthode

L'enquête menée par le CDC pour leur étude a été réalisée par téléphone, auprès d'un échantillon d'environ 14 000 personnes. Celles-ci ont répondu à une liste de questions visant à déterminer si elles avaient été victimes de viol ou d'agressions sexuelles. Néanmoins, la question ne leur a jamais été directement posée. Le nombre de victimes de viols ou d'agressions a été estimé en fonction des réponses à des questions plus vagues.
Néanmoins, cette méthode s'avère particulièrement peu fiable, en raison majoritairement du manque de précision des questions, et de l'absence de transparence sur leur interprétation.

Près de 60% des personnes qualifiées de victimes de viol par cette étude, par exemple, ont en fait subi ce que le CDC qualifie de "pénétration facilitée par l'alcool ou la drogue". La question ayant mené à cette statistique demandait à la "victime" si elle s'était un jour engagée dans un acte sexuel après avoir consommé de l'alcool ou de la drogue, sans qu'aucune mention ne soit faite concernant la provenance de ces substances, ou le consentement des participants. Ainsi, toute personne ayant affirmé avoir eu au moins une fois une relation sexuelle après avoir bu quelques verres de vin, par exemple, se voyait automatiquement qualifiée de "victime de viol".
De la même façon, si l'une des personnes interrogée avouait s'être un jour engagée dans une relation sexuelle suite à des demandes répétées, ou parce que son partenaire semblait ne pas être heureux, l'étude en faisait automatiquement une victime de viol.

Pourtant, malgré un échantillon réduit et peu représentatif, un taux de réponse peu élevé, et des méthodes discutables, cette étude est celle qui est le plus couramment diffusée, autant par les médias professionnels que sur les réseaux sociaux.

Les véritables chiffres

Comme pour tous les crimes, il peut être difficile d'estimer le nombre réel de viols, un certain nombre d'entre-eux n'étant jamais signalé. Ainsi, le Département de la Justice américain estime que seul un tiers des viols sont reportés aux autorités (contre la moitié pour la majorité des crimes).
Néanmoins, comme mentionné précédemment, les estimations considérées comme les plus fiables indiquent qu'environ 240 000 viols seraient commis chaque année aux États-Unis. Environ 0,07% de la population serait ainsi victime de viol chaque année. En prenant en compte l'espérance de vie moyenne d'un humain (environ 80 ans), et en imaginant qu'aucune victime ne soit violée plusieurs fois (ce qui est peu probable), nous arrivons à 5,6% de chances pour un individu de subir un viol au cours de sa vie. Soit environ 1 chance sur 18. Un chiffre qui, s'il est toujours bien trop élevé et hautement problématique, est malgré tout loin du "1 chance sur 5" habituellement répété.


Nombre de viols aux USA entre 1973 et 2003

Ce qui est néanmoins plus effrayant, et souvent oublié, est le fait que plus de la moitié des victimes de violence sexuelle l'ont vécu avant 18 ans. De plus, dans 90% des cas, l'agresseur est connu par la victime, qu'il s'agisse d'un membre de la famille (dans 1/3 des cas), ou d'une connaissance plus ou moins proche (2/3 des cas). Le viol conjugal est aujourd'hui encore presque tabou : les victimes le signalent très rarement, et dans 90% des cas, les plaintes sont classées sans suite.

Malgré tout, le nombre de viols est en baisse constante. Aux États-Unis, leur nombre a été divisé par 5 en 30 ans.

En France

Si les chiffres couramment utilisés dans ces statistiques proviennent des États-Unis, la France n'est pas en reste. Une étude de l'INED (Institut National d'Études Démographiques) datant de 2016 est ainsi souvent utilisée pour soutenir le chiffre de "1 femmes sur 7". Pourtant, si cette proportion est effectivement utilisée dans l'étude, elle concerne le nombre d'agressions sexuelles, et non pas le nombre de viols ou tentatives de viol, dont la proportion est elle comparable à celle des États-Unis.

Il convient de noter que, en France, le viol n'est reconnu comme un crime que depuis le 23 décembre 1980.

Le viol chez les hommes

S'il existe un point commun à ces études, au-delà de leurs chiffres erronés, c'est leur tendance à opposer les hommes et les femmes, en plaçant systématiquement ces dernières dans le rôle de victimes, et les hommes dans le rôle de prédateurs. Ainsi, dans la plupart des études sur le sujet (notamment celle du CDC), le fait pour un homme d'avoir été "forcé à pénétrer" n'est pas considéré comme un viol, mais comme une agression sexuelle : un homme ne peut donc pas être violé par une femme, mais seulement par un autre homme.

Le nombre de victimes de viol chez les hommes est plus difficile encore à estimer que celui chez les femmes. En effet, le nombre de viols signalé aux autorités serait particulièrement faible dans ce cas (il pourrait n'être que de 10%, selon certains psychologues). Ce taux réduit s'explique notamment par une stigmatisation de la victime, jugée faible, efféminée, voir consentante dans le cas d'un viol perpétré par une femme, le mythe selon lequel une érection implique un consentement restant encore particulièrement répandu.
Le nombre de viols subis par des hommes en prison, notamment, serait particulièrement élevé.

Sources :
The CDC's Rape Numbers Are Misleading - Time : http://time.com/3393442/cdc-rape-numbers
Sexual assault myths: Part 1 - Christina Hoff Sommers : https://www.youtube.com/watch?v=TZrzCAuiw7w

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